Le Raï est un genre musical algérien qui est né au XXe siècle à Oran. Il devient populaire à partir des années 90 où se mélangent le dialecte algérien, arabe, le rock et le blues.

C’est une forme d’expression particulière à connotation ethnique qui mise sur les contradictions entre l’Europe et le monde arabe, entre modernité et tradition orale, entre pratique musicale pré-industrielle, divertissement et consommation de spectacle musical.

Il prodigue généralement des conseils et des valeurs morales sous forme de chanson, d’où la définition du mot Raï, qui veut dire « Opinion ou Conseil ».

Le wahrani est chanté dans les années 1930 sous une adaptation du Melhoun en utilisant les instruments comme l’accordéon, l’oud, la flûte ou même le piano. Il se mélange petit à petit aux autres styles espagnols, français et latino-américains. Il rassemble dans les années 50 de nombreux artistes partout dans le pays tels que Cheikha Remitti ou Cheikh Hamada.

Cette musique utilise alors des instruments comme la guitare électrique de Mohamed Zargui, la trompette ou le saxophone de Bellemou.

Cheb Abdou (dans les années 90) et Houari Sghir sont des précurseurs de ce style musical qui peut bien se classer à l’avenir dans la liste des patrimoines culturels de l’UNESCO comme « forme d’expression musicale et poétique féminine ». Le centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH) algérien y travaille.

Aissa Hamada parle de l’internationalisation du Raï

Sur son compte Twitter, Aissa Hamada fait découvrir les recherches qu’il a effectuées sur le sujet.

Ce style maghrébin est arrivé en France à la fin des années 80 et s’est clairement développée dans les années 90 grâce à son riche dialecte, ses conseils prodigués dans ses paroles, sa symbiose avec les autres artistes, aux studios d’enregistrement français et au soutien des jeunes immigrants maghrébins qui recherchent à l’époque une musique à laquelle ils peuvent s’identifier.

Cheb Khaled avec son titre « Didi », Rachid Taha avec sa reprise de « Ya Rayah » et Faudel avec son morceau « Tellement n’brick » sont les artistes de ce genre musical les plus célèbres en France, sans oublier Cheb Mami et son featuring avec Sting qui fait de lui un artiste internationalement connu.

Michel Levy le célèbre producteur fait propager ce nouveau rythme avec les deux premiers sons Raï de Cheb Mami et de Cheb Khaled dans les radios et chez les disquaires.

1990 est l’année de l’apogée avec Cheb Mami qui devient le premier artiste du genre à se produire aux USA (à Los Angeles) avec son album « Let me Raï ».

L’interprétation française du rythme commence lorsque des compositeurs aux styles variés comme Jean Jacques Goldman s’y essaient, ce qui favorise un métissage avec le rap, le reggae, le rock ou la tecno. Une association des grands noms de la chanson Raï et du blues a vu naitre un nouveau genre, le Raï’n’B Fever.

Le CSA reconnait en 2001 que cette musique est un genre à part entière et lui attribue deux fréquences à Paris (94.6 MHZ et 91.5 MHZ) avec la radio FM Only Raï, créée par Ahmed Ben Abla.

Le Maroc s’y met également avec l’organisation d’un Festival National de la Chanson Raï en 2006 tout comme en France.

La Wah’Raï, première radio officielle dédié à ce style arabe, nait en 2007 en Algérie, plus spécialement à Oran. Elle associe l’art du Malhoun aux éléments berbères, bédouins et espagnols.

Ahmed Wahbi écrit une chanson dans ce genre musical sur le thème de l’exil et évoque la troupe du nom de « Bande Joyeuse ou Banda Zahouaniya ». Suivez un extrait pris par Aissa Hamada (voir son profil Facebook).

Les instruments de la musique Raï avec Aissa Hamada

Cette mélodie utilise plusieurs instruments depuis le XXe siècle afin d’évoluer. De la batterie jusqu’à la guitare électrique en passant par la basse et les synthétiseurs, elle s’est modernisée et s’est développée pour attirer davantage de public occidental.

D’autres instruments sont également utilisés dont le bendir, la darbouka, le violon, etc.

La Darbouka est un instrument à percussion en forme de bol fabriqué avec du bois ou du métal et une couvert de peau d’animal. Il est présent dans tout le Monde Arabe jusqu’au Moyen Orient et au Maghreb. Il est également utilisé dans tous les styles de chanson orientale. Le joueur frappe la peau avec les doigts ou les mains pour obtenir un son dans chacune de parties où il frappe. Il suffit alors d’alterner les sons de chaque endroit pour en jouer.

La Mizmar qu’on appelle couramment Ghaïta ou Aljaita est un instrument à vent comme les hautbois. Le son est obtenu grâce à la vibration d’une anche double en roseau. Elle est souvent jouée au Maghreb et dans les pays basques. Elle possède 7 trous avec les trous d’aération. Utilisable en plein air, elle présente une sonorité assez aigüe avec un son proche de la bombarde bretonne. La musique chaoui utilise beaucoup aussi cet instrument.

Le violon est l’instrument de base dans. Les musiciens orientaux l’accordent de différentes manières aux rythmes des chansons.

Le Guellal est un tambour doté d’un long cylindre en poterie ou en tronc d’agave avec aux extrémités une peau de chèvre, un timbre et une double chanterelle. Il est très important dans la composition de ce style.

L’accordéon est un des instruments des premiers musiciens du Raï et est également utilisé dans le style Wahrani.

Le logiciel auto-tune permet maintenant de moderniser ce chant traditionnel arabe en corrigeant les erreurs de justesse des chanteurs, commente Aissa Hamada.

Les célèbres artistes qui ont marqué ce style selon Aissa Hamada

Des chanteurs modernes comme Cheb Bilal Sghir, Cheb Houssem, Cheb Mourad, Mohamed Benchenet, Cheb Nadir, Houari Manar et bien d’autres sont arrivés pour reprendre tous les titres anciens de cette mode musicale avec l’installation de l’auto-tune et des boîtes à rythme.

D’autres interprètes sont nés de cette ère dont Cheb Akil, Cheb Anouar, Cheb Azzaddine, Cheb Bilal, Cheb Hasni, Cheb Khaled, Cheb Kader, Cheb Mami, Cheb Najim, Cheb Houssem, Cheb Nasro, Cheb Redouane, Chaba Fadela et Chaba Zahouania.

Cheikh Hamada, Cheikh Khaldi, Cheikha Djénia, Cheikha Rabia, Cheikha Remitti, Faudel, Hamid Baroudi, Houari Benchenet, Houari Dauphin, Messaoud Bellemou, Mohamad Lamine, Rachid Taha, Raïna Taha et FanfaRaï sont également des artistes célèbres de ce Raï moderne.

Certains chanteurs ont aussi composé des titres sur le Raï moderne à l’instar de Mohamed Balhi avec son morceau « Dis-moi mon sort », Marie Virolle-Souibès avec la « chanson Raï » ainsi que d’autres ouvrages du genre avec MaNidam Abdi et Bouziane Daoudi dans « Un pionnier du Raï tué à Oran ».

Le magazine le Monde publie alors des articles avec des titres révélateurs comme « Cheb Hasni : le champion du Raï sentimental » qui parait en octobre 1994.

Voici quelques artistes célèbres du rythme :

• Idir est né en 1949 dans le village d’Aït Lahcène et est un chanteur, auteur, compositeur et musicien algérien
• Tamni Reda est un chanteur et un musicien algérien né en 1980 à El-Biar, une commune de la ville d’Alger
• Rachid Taha est né à Saint-Denis-du-Sig près d’Oran et est un artiste algérien résidant en France. Il s’inspire de différents styles tels que le Raï, le chaâbi, la techno, le rock ‘n’ roll et le punk

Découvrez les chanteurs préférés d’Aissa Hamada.

Les dates phares de la musique Raï

Plusieurs dates marquent l’évolution de cet art maghrébin, de sa création en Algérie jusqu’à son développement partout dans le monde.

De 1986 à 1996 à Barbès au temps de François Mitterrand, les Français d’origine maghrébine dénoncent les formes de racisme et d’inégalité. Le groupe Raïna Raï (pionniers du Raï électrique) composé d’immigrés de Sidi Bel Abbès émerge à cette période.

En décembre 1986, Mami rempli l’Olympia quelques mois après le concert de Bobigny.

En 1987, Martin Meissonnier sort l’album « Kutchî » de Safy Boutella et de Cheb Khaled qui s’est vendu à plus de 20 000 exemplaires. La mélodie devient alors une des bandes-sons favorites des années 90.

L’an 1992 marque la consécration de l’album « Didi » de Khaled qui devient le gros tube des vacances et également la mort de Cheb Hasni (véritable icône de ce genre musical).

En 1996, le titre « Aicha » chanté en featuring par Khaled et Goldman est consacré Meilleure Chanson Française aux Victoires de la Musique. Il se vend à plus d’un million d’exemplaires partout dans le monde et est repris dans plus de quinze langues.

1998 est l’année qui marque l’apothéose suivie d’une petite parenthèse pour cet art. Mami produit un morceau avec le rappeur K-Mel du groupe Alliance Ethnik sur des rythmes rap’n’b produit par Imhotep du groupe marseillais IAM. Le palais Omnisport de Paris-Bercy accueille le concert 123 Soleil en écho à la victoire de la France à la coupe du monde avec Khaled, Faudel et Rachid Taha.

Cheikha Remitti connait le succès quelques années plus tard avec son album « Nouar » aux rythmes de la chanson électrique.

Le duo de producteurs Kore et Skalp montent un collectif Raï’n’B et sort plusieurs morceaux. Il organise plusieurs concerts à Bercy, ce qui permet de relancer ce style.

La période de 2007 à 2016 marque l’apogée du Mp3 et des cafés chicha. Ils remixent les tubes phares de l’époque du genre électrique avec des chanteurs comme Cheb Hasni, l’Algérino, RimK ou Jul. Khaled et Mami sont accusés de plagiat par Cheb Rabah en Juillet 2015. Aissa Hamada constate tristement que seule Cheba Zahouania s’en sort indemne et se propulse au sommet pour devenir une grande star de cette variété musicale d’origine algérienne.

Biographie de quelques chanteurs Raï avec Aissa Hamada

Bellemou Messaoud (le précurseur) né en 1947 est un musicien, chanteur et compositeur algérien qui participe grandement au développement de cette musique en version moderne. Il joue de la trompette, du saxophone, du violon, et de l’accordéon. Il participe également à la naissance du pop-Raï dans les années 70 avec Belkacem Bouteldja.

Il réalise ainsi plusieurs albums dont « C’est pas ma faute », « Father of Raï » et « Le roi de la trompette Raï ».

Hadj Brahim Khaled alias Cheb Khaled est un chanteur populaire de ce genre musical. Il est né à Oran en 1960 et s’est inspiré d’Ahmed Wahby qui est un des précurseurs de ce rythme. Le nom « Cheb » lui est accordé au Festival d’Oran en 1985. Il est le premier chanteur à faire découvrir le style composé avec des instruments traditionnels au grand public. Il contribue à le faire développer partout dans le monde et est considéré comme le roi de cet art algérien à chacune de ses apparitions.

Il fait le tour du monde avec son titre « Aicha » chanté en duo avec Goldman, ce qui marque la réussite de l’intégration de Khaled à l’étranger grâce à ses œuvres. Il devient dès lors universellement connu, car il s’est adapté à la variété française.

Il touche à tout pendant cette période, il est successivement mécanicien, cordonnier et garçon de café. Il apprend aussi le chant et l’accordéon pour jouer dans de petites fêtes telles que des cérémonies de circoncision ou de mariage.

Il crée ainsi son premier groupe nommé « Ennoudjoum El Khams » ou les cinq étoiles en français. Ce groupe (les Jackson Five d’Oran) est composé de lui-même (chanteur et instrumentaliste du banjo), d’Abdelkader (joue de la contrebasse), d’Abdellah (joue au Bendir) et de Bensouada (percussionniste). Il reprend à l’époque les morceaux phares des chanteurs maroccains Jil Jilala et Nass El Ghiwane et des précurseurs de la pop-Raï. Ils répètent dans le local de la poste d’Eckmuhl et chez Yahiaoui.

Khaled arrête l’école à 16 ans pour se consacrer à la musique et enregistre son tout premier son « Trig il lici » ou la route du lycée en français. Il fait partie des tous premiers artistes algériens à composer ses versions instrumentales sur une cassette, ce qui lui permet de tourner dans des cabarets et d’être célèbre.

Cheb Khaled produit un album en 1986 avec l’artiste algérien Safy Boutella qui se charge de faire évoluer sa notoriété en France et au Japon. Dans cet album (Kutchî), il mélange Raï, funk et new wave.

Il enregistre également en 1992 son album du nom de « Khaled » avec les meilleurs producteurs américains en utilisant des rythmes rap et reggae. L’album se place en tête des hits parades et est consacré disque d’or en France et en Inde. Le monde entier entend ainsi parler de Cheb Khaled. Il est perçu comme le portail du rythme maghrébin, car grâce à lui la mélodie orientale se fait un petit chemin dans le monde occidental. Il est considéré comme l’emblème de la musique dans son pays.

Il produit « Ya Taleb » en 1990, morceau composé en jazz-rock et « Nssi-Nssi » en 1994. Il se rend également à Los Angeles et enregistre un album avec Don Was qui figure parmi les 50 meilleures ventes en France avec son titre « Didi ». Il tourne un peu aussi avec Patrick Bruel.

Il organise des concerts au Maroc et ne se limite plus à la dimension artistique, mais s’étend jusqu’à la politique comme le cas du concert du 2 Novembre à Laâyoun (capitale du Sahara) qui est occupé par l’armée marocaine depuis 1975. Le concert se fait à l’occasion du Salon international du Dromadaire qui célèbre l’anniversaire de la marche d’occupation « marche verte ». Il annonce ainsi dans un communiqué de presse que la musique n’a pas de frontières et qu’il peut bien chanter à Dakhla ou à Smara. Il lance un message au régime marocain que ces villes sont des terres sahraouies.

Il enregistre un album en 1996 avec Jean Jacques Goldman et chante en duo avec Mylène Farmer dans la même année sur le titre « La poupée qui fait non». Il sort un album en 1999 nommé « Kenza », le prénom de sa fille. Il chante en duo avec Cameron Cartio qui devient le morceau phare des vacances.

Il fait sortir un son en 2007 avec Mélissa qui devient la bande sonore du film Taxi 4. Il participe également à l’élaboration du CD Agir Réagir pour les sinistrés du tremblement de terre au Maroc dans la région d’Al-Hoceima le 24 Février. Il donne un concert à Oran en Octobre de la même année. Il reste en contact avec Shakira pour l’élaboration d’un featuring qui sort 2 ans après, d’après les souvenirs d’Aissa Hamada.

Les différentes musiques

Ce son est connu pour ses nombreux artistes et ses nombreux titres célèbres qui ont fait ses beaux jours à l’exemple de Didi qui est une chanson de l’artiste Khaled sortie en 1992.

Aicha est le titre chanté en featuring par Jean Jacques Goldman et Khaled. La version bilingue arabe/française sort plus tard sur l’album « Sahra » de Khaled.

Depuis lors le titre est réalisé en plusieurs versions, celle algérienne faite avec Faudel au concert 123 Soleil à Paris, celle zouk du groupe Kassav’, celle salsa de Africando, la version a capella de Penn Masala, Stanford Raagapella et d’Aquabella et celle nasheed d’Omar Esa.

Il s’est également adapté en plusieurs langues dont l’anglais par Lobo Ismail avec une partie rap en arabe, le polonais par Magma, la langue malaise avec des parties en arabes par Yasin et la version rock en anglais d’Aqmal et Sofyan.

Une version serbe de Dragana Mirkovic, une en coréen de Tony An, une en urdu d’Amanat Ali, une en hébreu d’Ehud Manor, une en langue turque de Mutaf et une version espagnole d’Amistades Peligrosas sont également conçues.

On peut alors écouter les autres versions : une interprétation en croate de Duško Lokin, une en breton de Manau, une en grec de Stamatis Gonidis, une en norvégien d’Emiré Og Lillebror et la dernière version srilankaise est de Kevin Yann Jaldin.

Khaled sort aussi le titre « C’est la vie » le 2 Juillet 2012 avec Universal. Le son est composé de couplets en arabe et de refrain en français.

C’est classé dans le top 20 du hit-parade pendant les vacances. L’artiste signe ainsi son retour sur la scène française après 3 ans d’absence grâce à ce titre qui est d’ailleurs repris en espagnol par Marc Anthony en Avril 2013.

Cet opus remporte de nombreux prix dont le prix France Digital Songs (Billboard Awards) et le Kora Awards best North African Singer en 2012, les Victoires de la musique, le World Music Awards et le Murex D’Or Awards-Best International Song and Best International Singer en 2013. Il signe un autre single (Le jour viendra) de son album « Sahra ».

L’année 2013 marque encore l’année des récompenses dont le Rabab d’or prix d’honneur au Festival International Al Ansra de M’diq et le Festival International de la musique kabyle à Tanger et le Festival Touiza Maroc en 2013.

L’opus « Ya Rayah » de l’auteur-compositeur-interprète Amrani Abderrahmane figure sur la liste des chansons algérienne les plus célèbres. Il est repris par Rachid Taha et est consacré disque de platine par le SNEP.

Abdel Kader est aussi une chanson de Khaled de son album « Nssi-Nssi » sorti en 1993, puis s’en suit en 1998 une reprise du morceau, mais en version live solo sur son album « Halfa ». Rachid Taha, Faudel et Khaled font une formidable prestation au Palais omnisports de Paris Bercy qui vaut à la chanson de gagner en popularité. Cette version en direct est ajoutée à l’album live 123 soleil.

Serbi-Serbi (Versez-moi, Versez-moi) est une chanson tirée de l’album « Nssi-Nssi » de Khaled. Elle est composée dans un dialecte arabe indigène.

« Même pas fatigué » est une chanson du groupe Magic System et du chanteur Khaled. Elle fait sa sortie en Mars 2009 et constitue le tout premier single de l’album « Liberté » de l’artiste algérien (classée 18e piste). Le titre se trouve également sur l’album de Kore Raï’n’B Fever (2e piste).

Il est numéro un pendant au moins 7 semaines non consécutives en France et constitue le premier single numéro un du groupe Magic System également le plus vendu en France.

Aissa Hamada et les célèbres chanteurs de musique Raï

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